'Ma rencontre avec Aïssatou Diop', par Martine Fourré

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Astou Diop N’Diaye

 

J’ai connu Astou par l’intermédiaire de son époux, le  Dr Mamadou N’Diaye, médecin connu du Club Med de Cap Skirring depuis sa création... Nos liens se sont approfondis quand je confiais à Mamadou l’un de mes jeunes qui nous posait bien des problèmes sur Dakar. Il se trouva qu’Aurélien, nommé Domo Doc par les gens du village, se trouva si bien chez Mamadou qu’il y finit sa scolarité primaire, et qu’il fallut envisager qu’il entre au collège… C’est ainsi que forces de la vie oblige, Astou se retrouva avec un enfant de plus dans la maison familiale de Ziguinchor.

 

Quelle femme je rencontrais alors. Un cœur solide, capable d’exercer son art de médecin et d’éduquer quatre adolescents aux études. Le souvenir que j’en ai ? Un souvenir de silence et d’humilité. Un souvenir de dons et de sérieux. L’été Domo Doc aimait particulièrement les mangues… Il en avait chaque jour une avec les quelques sous qu’elle lui donnait comme un cadeau de la vie, juste entre elle et lui… telle était la part privée de leur relation…  Cela fit tant de bien à cet enfant, qu’il en gagna sa troisième, et fait aujourd’hui des études qu’il aime.

 

J’ai eu aussi ce privilège de la rencontrer dans son acte médical, aussi discrète et solide que dans sa maison. Par malheur, il y eu ce fichu bateau bi… le Joola… qui sombra au large des côtes gambiennes. Par bonheur pour moi, avec la cellule médico-psychologique du Professeur Momar Gueye, je participais à l’assistance aux familles des disparus et rescapés. Les deux Docteurs N’Diaye ne comptèrent ni leur temps, ni leur argent, encore moins leur savoir médical pour nous aider dans cette tâche. N’étant pas médecin moi-même, mais docteur en psychologie, il n’était pas de mon ressort de prescrire les médicaments que l’état sénégalais nous donnait pour les malades de Casamance. Mamadou et Astou gardèrent, comptèrent et distribuèrent les médicaments à ceux qui en avaient le besoin… Ils firent souvent plus.

 

Mamadou savait passer auprès d’Astou Diop, l’homonyme d’Astou, sur la place de Cap où elle vend toujours ses cacahuètes, pour voir si elle avait encore de quoi se soigner, mais surtout pour ce petit mot, bien dans vos traditions sénégalaises, ce petit mot dit entre deux rires pour prendre un soin discret de l’autre qui souffre…

 

Mais là où Astou m’étonna le plus, c’est dans le travail auprès des femmes que nous avons entrepris malgré nous. Au cours des entretiens post-traumatiques au naufrage du foutu bateau bi… plusieurs femmes d’un âge certain se plaignaient d’insomnies, de crises de larmes, de réveils affolés, étouffés… mais aussi de suées nocturnes inexpliquées… pensant qu’elle n’avaient jamais connu cela avant… Pour plusieurs aussi, les seins lourds devenaient encombrants, comme de vieux souvenirs des enfants qu’elles avaient portés et élevés… Bien sûr, j’entendais le désespoir quand il vient marquer le corps de toutes les larmes qui n’arrivent pas à couler, à se libérer. Bien sûr. Mais j’avais un doute, dont je fis part à Astou… Les bouffées de chaleur, la poitrine pesante sont des signes de ménopause chez la femme de 40 ans passés… Ne pouvait-elle recevoir ces femmes et parler avec elles de ces modifications que le temps impose au corps et dont le chagrin accentue seulement les manifestations ? Elle les reçu, et nous compriment toutes les deux, combien ces femmes de la campagne sénégalaise ignoraient tout de ce qu’en occident l’on appelle la féminité. Avec une prudence toute respectueuse de sa religion, elle offrit à certaines d’apprendre un peu à connaître leur corps, et à le soigner, lui éviter la douleur. En effet, pourquoi ces femmes souffriraient-elles ces souffrances physiques, alors que la médecine nous permet d’adoucir les outrages du temps ?

 

Fallait-il une femme médecin pour que ces femmes parlent de ce qui au quotidien tenaille le corps maternel de toutes les femmes ? Je le crois. Astou fut certainement une des premières dans ces terres éloignées de notre capitale dakaroise.  

 

 

                                                                                                                      Martine Fourré

 

 

                                                                                                                       Dakar, le 8/12/07

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